mercredi 28 novembre 2012

La France à l’apogée de sa chrétienté par Guillaume Enault. http://www.lebreviairedespatriotes.fr/

 


Considérons un temps avec Michelet que « l’Angleterre est un empire, l’Allemagne est un pays, la France est une personne ». Une belle dame millénaire, qui porta successivement la toge, la soutane, le heaume et la cocarde. Depuis Philippe-Auguste, l’État, système nerveux du royaume, essaie de coordonner ce grands corps adolescent, tantôt rallongé par les coups d’épée d’un Louis XIV et par ceux, de canon, d’un Bonaparte, tantôt amputé par l’ambition et le talent d’un Bismarck. L’âme historique de la France pétrie par les siècles, de Saint-Augustin à Rousseau, paraît aujourd’hui mutilée par ce que Maurras appelait le « pays légal ».
 
Certes la Nation est en passe de devenir un gros mot, le drapeau un chiffon rouge pour le taureau de la discrimination et le livre d’histoire une bible satanique pour réactionnaires intolérants et forcément stupides. Certes la frontière et l’identité nationale émargent au même hôpital des concepts malades, grippées par l’idéologie mondialiste, libérale et post-nationale. Les faire-parts de décès pullulent déjà et il n’est pas question de gloser ici sur la pensée unique (dont les racines, ne l’oublions pas, doivent beaucoup à l’époque moderne française, entre autres.) Mais en ce 22 octobre 2012, force est de constater que la France n’est pas encore une Mecque géante, que le métissage érigé en vertu n’est pas soutenu par la coercition et ces lignes ne sont pas rédigées dans le patois boursier, cousin dégénéré de la langue de Shakespeare. On n’a pas encore mis en bière les racines gréco-romaines et judéo-chrétiennes de l’hexagone.

D’un certain point de vue, la France en tant que personne n’a peut-être même jamais été aussi proche des Évangiles. Le pays dont la plupart des lecteurs sont nostalgiques ne tendait pas l’autre joue aux gifles. Il gardait la tête droite et regardait de face à Poitiers, à Valmy et à Verdun. Il péchait par orgueil, par gourmandise, par envie, par colère et, plus malheureusement, par paresse. Il ne chassait pas les marchands du temple mais irriguait partiellement leurs deniers vers ses caisses. Il ne savait malheureusement pas dire aux Cènes qui serait ses Judas. Le christianisme vante l’action calquée sur celle du Messie, lequel assure également la promotion des récompenses offertes pour bonne conduite. Ce message, des Français l’ont longtemps suivi et aujourd’hui encore il imprègne notre morale, fut-elle peinte de laïcité. Mais la France, demoiselle inviolable du vieux continent, elle, est rebelle, réactive, insoumise. Elle nage à contre courant de la via purifica pour défendre ses clochers et laisser ses habitants se conformer au Nouveau Testament.

La réalité historique infligea en fait à la fille aînée de l’Église la contradiction des croisés, ces messagers armés du Livre de l’amour infini. Il eut donc fallu ce paradoxe par lequel la France, déjouant les Ponce-Pilate, permit à ses enfants de préserver leurs us. Même aux temps révolutionnaires, le fond moral et cultuel changea de couleur sans se briser. On parla de la fête de l’Être suprême puis de la religion républicaine qui renversaient l’Église mais pas sa substance intellectuelle, tricot trop solidifié par le temps pour être défait promptement. Mais ces transformations liturgiques ne changeaient rien à la constante d’un message de paix porté par les baïonnettes. On peut d’ailleurs se demander s’il n’en est pas de même du droit-de-l’hommisme, kit idéologique exportable pour lequel nous possédons de grands VRP.

En tous les cas, aujourd’hui la donne a changé. Ce sont des Français qui boudent les Églises et qui assimilent rapidement la chrétienté à une idéologie vieillotte, conservatrice, ringarde quand elle n’est pas réactionnaire et raciste. Une honte du soi qui n’enlève rien à l’empreinte catholique des mœurs et des lois, quoique les années écornent cette réalité et que le rouleau compresseur mondialiste qui sépare les individus avant de les jetés dans la marmite globalisée en rende difficile l’application concrète. Qui pense à donner avant d’avoir ? Les États, avec en fruit un endettement vertigineux. La redistribution des richesses, cette fiscalité du « les premiers seront les derniers ». Et ce n’est pas là le seul point de croisement entre le christianisme du peuple et l’action sécularisée de la personne France. Les ménages, nouvelle unité de base de la société choisie par la religion statistique, ne pensent guère à sauver leurs âmes.

A contrario, la France se livre, surtout depuis une quarantaine d’année à un mime christique qui, contrairement aux apparences, rapproche son corps étatique et son âme historique dans une démarche sacrificielle. La repentance obligatoire qui transpire dans les manuels d’histoire, c’est la rémission des péchés que nous faisons pour nos ancêtres. Jacques Chirac et François Hollande (et d’autres…) rachètent les fautes de Colbert, de Napoléon, de Pétain. La France marche aux côtés des autres nations comme Jésus parmi les croquants de Judée. Elle a jeté le piédestal de Clemenceau et les échasses du général. Elle ne prétend plus à l’éclat. Elle répand son message universaliste. Elle reçoit les coups sans broncher. Elle est commandée par ce système nerveux piloté par de prétendus amoureux de Marianne qui lui font singer Jésus. Mieux que du message, c’est de l’action du Christ que la France fait la démonstration. Elle sait sa fin. Elle en connait les responsables : amnésie, noyade culturelle, conversion de l’homme en aliment du marché et une foule de préfets avides. Le mont Golgotha est à Washington, à Bruxelles, à Riyad et en bien d’autres lieux encore. Et la France grimpe au pas de course vers sa mutilation, jetant sa cuirasse de frontières et de caractère. On ne sait pas bien d’où viennent les épines de la couronne : des agences de notation, des cantines où le hallal est préféré au poisson du vendredi ou du comité Nobel qui nous susurre que seuls nous ne valons pas un clou ? Voilà la France en croix, avec tant de vieilles nations partageant son supplice et attendant le coup de lance soulageant. Les tableaux auraient peints les patriotes en Marie-Madeleine pleurant au pied de la croix, là où il n’y avait que des femmes, honnies comme sont méprisés aujourd’hui les cocardiers. Mais on peut douter qu’il y ait un jour quelqu’un pour les peindre…

Car enfin, au prisme de Pâques, la crucifixion est l’ouverture d’une parenthèse qui se ferme sur le tombeau vide. La France, passée de la raison d’État (attachée à l’indépendance parfois jusqu’à en être belliqueuse) au mime christique sacrificiel, ne peut prétendre à la filiation divine au même titre que le Messie. On peut donc douter qu’elle parvienne à ressusciter comme lui. Peut-être que, comme les morts rejoignant le royaume céleste, la France trouvera l’éternité dans le souvenir. Peut-être n’est-il pas encore venu le dernier souffle de la crucifiée. Grimpons, je vois la pointe de Longinus briller là-haut…

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